Eau en bouteille : pour masquer la contamination, certaines marques ont recours à des pratiques trompeuses

Le Monde et Radio France lèvent le voile sur les mensonges en cascade qui ébranlent le secteur de l’eau en bouteille. On fait le point.

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L’eau minérale naturelle mise en bouteille est censée être pure et exempte de tout traitement chimique. Pourtant, une enquête du Monde et de Radio France a révélé le contraire. En effet, selon ces deux médias, plusieurs marques d’eau ont utilisé des procédés de purification illégaux. Ces pratiques ont jusque-là été dissimulées.

Comment ces industriels ont-ils réussi à déjouer la réglementation ? Quels sont les dangers sanitaires et environnementaux de ces traitements prohibés ? Quelles sont les réactions des pouvoirs publics et des associations de consommateurs face à ce scandale ? Dans cet article, faisons le point sur cette affaire qui secoue le secteur de l’eau en bouteille.

Les actes illégaux autour de l’eau en bouteille

Vous pensez que l’eau minérale et de source en bouteille que vous buvez est pure et naturelle ? Détrompez-vous ! En effet, une récente enquête du Monde et de Radio France révèle que certaines eaux en bouteille sont traitées avec des procédés interdits.

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D’abord, précisons qu’il existe trois types d’eaux embouteillées :

  • Les eaux minérales, qui ont des bienfaits pour la santé (Perrier, Vittel, Evian)
  • Les eaux de source, qui sont saines, mais sans vertus spéciales (Cristaline)
  • Les eaux rendues potables, qui sont traitées comme l’eau du robinet
Eau en bouteille
Eau en bouteille vendue dans un supermarché – Crédits photos : iStock

Le problème soulevé dans l’enquête est que certains minéraliers ont triché. Ils ont utilisé des filtres à charbon ou des filtres UV, qui sont réservés aux eaux rendues potables, pour purifier leurs eaux minérales et de source.

Ces traitements sont illégaux et trompeurs, car ils modifient la qualité et la composition des eaux. Ils sont aussi contraires au Code de la santé publique. En effet, un texte exige que les eaux minérales et de source ne doivent subir que des traitements légers.

Eau en bouteille : un scandale remontant à 2020

L’affaire date de 2020, quand la DGCCRF a reçu le témoignage choc d’un ex-employé du groupe Alma. Rappelons que ce dernier est le propriétaire des grandes marques comme Cristaline, St-Yorre, Chateldon, Vichy Célestins…

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À l’époque, cet ex-salarié dénonçait des tricheries massives dans une usine où il a travaillé. La DGCCRF a par conséquent mené une enquête et dressé un procès-verbal de 120 pages. Le Monde a pu consulter le rapport de l’enquête.

Ainsi, d’après le procès-verbal, l’usine en cause mélangeait des eaux de diverses origines, y compris de l’eau du robinet, et le mette en bouteille ensuite. Ce n’est pas tout, car pour ce faire, l’usine a eu recours à des procédés de filtration interdits.

Bien sûr, les contrôleurs sanitaires ignoraient tout de ces agissements. Pourtant, ce serait monnaie courante chez d’autres minéraliers, dont Nestlé Waters, qui clame haut et fort qu’il n’y a aucun risque pour la santé des consommateurs.

D’ailleurs, Nestlé Waters a ouvertement avoué ses fautes lors d’une réunion secrète avec Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, le 31 août 2021. Cela dit, le gouvernement n’a pas alerté la justice, comme il aurait dû le fair, selon l’article 40 du Code de procédure pénale.

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Un silence qui soulève notamment la question de la complicité des pouvoirs publics dans cette affaire d’eau en bouteille.

Eau en bouteille
Une femme qui achète une bouteille d’eau – Crédits photos : iStock

Au moins le tiers des marques concernées

Malgré les aveux de Nestlé Waters, le gouvernement n’a pas saisi la justice. Le ministre de l’Industrie a préféré lancer une enquête de l’Igas sur toutes les usines d’embouteillage. Le rapport de l’Igas, publié en juillet 2022 et dévoilé par Radio France, est formel.

En effet, plus d’un tiers des marques d’eau en bouteille françaises ont recours à des procédés illégaux. Notons par ailleurs que ces procédés servent à éliminer les bactéries ou les polluants chimiques présents dans l’eau.

Un traitement qui rendrait l’eau en bouteille sans risques pour la santé. En revanche, avec ce procédé, les marques changent aussi sa composition et ses propriétés. Nestlé Waters est le premier impliqué dans ces pratiques illégales.

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Pour se défendre, le géant affirme avoir cessé certains traitements interdits, sauf la microfiltration. Effectivement, la filiale suisse du groupe Nestlé estime que cela est nécessaire pour assurer la sécurité de ses eaux.

Sources : quechoisir.org

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