L’eau du robinet bue par 20% des Français contient des résidus de pesticides, faut-il s’inquiéter ?

Certaines molécules provenant de pesticides ont été découverts dans l’eau du robinet de 20 % des Français. Cette découverte est-elle inquiétante ?

Source : Istock

Des molécules provenant de la dégradation des pesticides, nommées métabolites, ont été découverts dans l’eau du robinet. En effet, il semblerait que l’eau de 20 % des foyers français ont des seuils supérieurs de pesticides aux critères de conformité. Or, la question demeure : Cette découverte est-elle inquiétante ? En effet, connaît-on les impacts que ces résidus peuvent avoir sur la santé ? Et, existe-t-il des solutions pour les filtrer de l’eau du robinet ? Une docteure en Génie des procédés d’environnement à l’Université de Montpellier explique. Julie Mendret a apporté des réponses à toutes ces questions. On vous dit tout ! 

Une eau du robinet non conforme aux normes

Selon les données recueillies par Le Monde et France 2, il semblerait qu’il y ait eu un problème avec l’eau du robinet des Français en 2021. En effet, 12 millions de Français vivant en métropole ont vu leur eau contaminée par des pesticides. Ils auraient reçu une eau du robinet « non conforme aux critères de qualité, régulièrement ou épisodiquement ». La cause de cette non-conformité réside dans les taux de pesticides qui dépassent les seuils d’alerte. Dans certaines communes, notamment les plus rurales telles que l’Occitanie, se retrouvent concernées par cette présence de substances. En effet, l’Occitanie fait quand même partie des moins affectés avec une non-conformité de seulement 5,1 %. 

 

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La commune de Lauroux, près de Lodève, a vu ses taux dépasser les seuils de conformité, le 10 juin dernier. En effet, il s’agit de la présence de résidus d’Anthraquinone. Ce résidu constitue un dérivé chimique d’hydrocarbures employé comme substance active dans plusieurs produits phytosanitaires. Cette substance a été découverte dans l’eau du robinet des résidents à un taux de 0,57 µG/L. Toutefois, ce ne représente pas les seules communes affectées. En effet, à une centaine de kilomètres plus loin, la commune de Meynes dans le Gard voit son eau contaminée également. Or, cette fois, l’herbicide nommé Désethyl-Terbuméton, se présente en grosse quantité. Cet herbicide, utilisé dans la viticulture, dépasse trois fois le seuil de conformité

L’impact de sa consommation sur les Français

La question réside dans les dangers des taux de ces pesticides. Malgré la déclaration de « non-conformité aux exigences de qualité », il faut croire que ceci ne signifie pas forcément que l’eau constitue un danger pour le consommateur. En effet, les seuils indiqués par les autorités sanitaires se rapportent à la qualité de l’eau du robinet, or cela ne veut pas dire qu’elle est dangereuse pour la santé. Le seuil critique ne provient pas de la qualité de l’eau, mais la « valeur sanitaire maximale ». Dans ce cas de figure, le dépassement devient alertant et les communes concernées se doivent de prévenir leurs habitants. Julie Mendret, docteure en Génie des procédés d’environnement à l’Université de Montpellier, explique que le seul problème est que certaines molécules dans l’eau ne possèdent pas de « valeur sanitaire maximale ». 

« Les autorités sanitaires manquent d’études et de données pour fixer les seuils d’alerte de certains métabolites issus des pesticides. Dans ce cas, ce sont les ARS qui doivent prendre la décision, au cas par cas, d’interdire ou non la consommation de l’eau du robinet si le seuil de non-conformité est dépassé ». De ce fait, l’impact de ces résidus de pesticides sur la santé reste encore très peu connu. « Les effets à long terme d’une exposition à de faibles doses sont difficiles à évaluer », explique le ministère de la Santé sur sa page. Une page dédiée à la qualité de l’eau du robinet et donc potable sur le territoire français. Toutefois, Julie Mendret explique : « La concentration de ces résidus dans l’eau du robinet est sans commune mesure avec les taux que l’on retrouve directement dans les aliments non bios ».

Des solutions à prix coûteux

Il reste difficile d’éviter la présence de ces résidus dans l’eau du robinet. Et ce, puisque les analyses faites sur l’eau des 20 % des Français ont dévoilé que la présence provenait d’une substance phytosanitaire. Une présence interdite depuis plusieurs années en France. Julie Mendret a fait de longues années de recherches sur les différents systèmes de filtration. Ainsi, il semblerait nécessaire d’agir au plus vite. « Plus on limite les intrants dans les sols, moins il y aura de résidus de pesticides à traiter en bout de chaîne », rappelle la chercheuse.

« Ensuite, il va falloir adapter nos stations d’épuration, avec l’ajout d’un système de filtration membranaire ou à base de charbon actif, qui sera capable de supprimer ces résidus ». Toutefois, les systèmes de filtration nécessitent d’importants travaux sur les infrastructures existantes. En effet, les systèmes s’avèrent particulièrement énergivores pour le moment. Il faut donc croire que, si les nouveaux systèmes de filtration se voient implémenter dans la vie des Français. Alors le prix de l’eau du robinet connaitra une augmentation.