Retraites : âge de départ, financement… voici ce qu’il faut savoir sur la nouvelle réforme !

L’exécutif a reçu les syndicats ce lundi. À l’ordre du jour, la réforme des retraites. On redoute l’allongement du nombre d’années cotisées.

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Les syndicats redoutent un passage en force sur la réforme des retraites. En effet, Emmanuel Macron tente d’oublier la réforme des retraites de 2019. Ce qui promet à nouveau de nombreuses hostilités. Deux experts nous livrent leur analyse sur les principaux enjeux avant de rentrer dans la plus délicate réforme du quinquennat.

Emmanuel Macron tente de repartir de zéro

La réforme des retraites de 2019, c’est Jean-Paul Delevoye qui l’a portée. Ce dernier a dû démissionner et partir en disgrâce. Réélu pour un second quinquennat, Emmanuel Macron tente d’abandonner cette réforme et de repartir de zéro.

D’ailleurs, Frédéric Dabi dit qu’ils ne parlent plus du tout « d’âge pivot, de système universel ou de retraite à point ». Frédéric Dabi étant le directeur général de l’Ifop. Vincent Touzé, économiste spécialiste de la question, a affirmé les propos de Frédéric Dabi.

En effet, l’économiste a avoué que le projet de 2019 est totalement oublié et qu’ils reviennent à une réforme paramétrique. Pour l’heure, c’est le ministre du Travail, Olivier Dussopt, qui tient les modalités de la réforme. En fin de semaine, il doit remettre au chef de l’État un rapport circonstancié.

Un système déficitaire sur les 25 prochaines années

900 millions d’euros. Voilà l’excédent qu’affiche le système par répartition en 2021. Cela semble incroyable, mais c’est la réalité. Par ailleurs, en 2022, ce chiffre pourrait dépasser 3 milliards d’euros d’excédents.

À noter que dans ce système par répartition, les actifs cotisent pour les retraités. Vincent Touzé explique ce fait par le rebond d’après Covid. Cependant, l’économiste pense que la tendance va rapidement s’inverser.

Et ce, par la baisse de la natalité et le fait de vivre de plus en plus vieux. À en croire le COR (Conseil d’orientation des retraites), le système pèse lourd dans le déficit public dès 2023. D’ailleurs, sur les 25 prochaines années, ce système reste déficitaire.

Raison pour laquelle, Vincent Touzé pense qu’il est nécessaire d’aller vite. « On ne peut plus procrastiner car plus, on attend et plus ce sera supporté par les générations futures », dit-il. Le spécialiste entend même que cela doit passer par un débat de fond.

De son côté, Frédéric Dabi évoque une pédagogie nécessaire et un travail de persuasion. Selon ses dires, les Français veulent être convaincus. Dans le cas contraire, il pourrait y avoir, au mieux, une radicalisation des positions politiques. Au pire, il y aura un embrasement.

Le report de l’âge légal de départ à la retraite

Pour lancer sa réforme, l’exécutif dispose de 3 leviers, selon Frédéric Dabi :

  • Baisser les pensions, qui est une option non souhaitée.
  • Augmenter les cotisations, qui est une option compliquée vu le contexte de tension sur le pouvoir d’achat.
  • Ou bien allonger le nombre d’années cotisées. Cela nécessite un gros travail de conviction.

À cet allongement, on peut associer le report de l’âge légal à 64 ou à 65 ans.

« On peut imaginer un rythme d’un trimestre de cotisation supplémentaire par an ce qui fait un an d’ici la fin du quinquennat en 2027. Puis un trimestre de plus tous les six mois, il faudra encore deux ans et demi pour parvenir à un départ de 64 ans », voilà les mots de Vincent Touzé qui met par la même dans la balance du gouvernement une autre possibilité.

Celle d’introduire une pension minimale pouvant être bien perçue pour ceux ayant des petites retraites. Emmanuel Macron avait envisagé ce report d’âge légal à la retraite lors de sa campagne présidentielle.

Cependant, plus de 60 % de Français sont hostiles à cette option. Un taux très élevé selon l’analyste politique de l’Ifop. Toutefois, il indique que les retraités y sont favorables puisqu’ils ne sont pas concernés. Comparée à celle de 2010 lors de la réforme Fillon/Woerth, cette hostilité est beaucoup plus forte.

Pour rappel, l’âge de départ à la retraite à l’époque était relevé à 62 ans. Cela étant, selon Frédéric Dabi, il y a peu de chance que les Français acceptent cette réforme. Surtout, en cette période de multiples périls.

Les syndicats s’y opposent

Le gouvernement pousse pour faire passer la réforme des retraites. D’ailleurs, il semblerait qu’Olivier Dussopt veut utiliser tous les outils dont dispose la constitution pour que cela se fasse. Ce qui pourrait se faire par un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).

Ou bien par l’usage du 49.3 qui éviterait un blocage parlementaire. Ce n’est pas impossible, mais cela semble risqué. De plus, il faudra l’aval des républicains pour qu’il y ait accord. Ce qui n’est pas évident vu la tendance Retailleau/Ciotti si l’on considère les propos de Frédéric Dabi.

Une tendance qui ne fera pas de cadeau à Macron. Du côté des syndicats, ça se prépare aux armes. En effet, ils sont contre cette réforme et ne cachent pas leur opposition. À Montpellier, Philippe Martinez, patron de la CGT, a fait part de son avis sur cette réforme.

Il la considère comme dogmatique et idéologique. Le patron de la CGT ajoute même qu’« elle n’a aucun sens économique et social ». De son côté, le patron de la CFDT, Laurent Berger a pris une résolution.

Celle d’arrêter les discussions, si cette réforme passe par le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Cela serait brutal selon lui et il considérerait cela comme du mépris des organisations. Si, n’étant pas encore connue, on conteste déjà cette réforme est, que se passera-t-il quand elle verra le jour ?

Une augmentation des demandes de retraite

Si dans l’ex-Languedoc-Roussillon, on part à la retraite à 63,2 ans, en moyenne, au niveau national, c’est à 62,9 ans. Ce qui représente 643 898 bénéficiaires pour 14,9 millions de retraités français, selon les chiffres de la Carsat LR.

En région donc, cela équivaut à une augmentation de 1,6 % entre 2020 et 2021 et 3 % des montants servis. Au régime général, le montant mensuel moyen d’une retraite personnelle s’élève à 1 087 euros. Au niveau national par contre, cela correspond à 1 133 euros.

Élodie Meissel, directrice par intérim de la Carsat, constate une forte attractivité du Territoire pour les actifs. Et ce, malgré que l’âge moyen du départ à la retraite en Languedoc-Roussillon plus élevé que la moyenne nationale.

Et que le montant des pensions servies soit plus faible. Pour les 5 prochaines années, la directrice par intérim dit qu’une augmentation des demandes de retraite est prévue au Languedoc-Roussillon. Elle parle d’une augmentation de +17 % contre +11 % au plan national.

Et ce, selon Meissel, sans préjuger du comportement des usagers face à la réforme des retraites annoncée. Par ailleurs, à en croire ses propos, les conseillers de la Carsat se mobilisent pour faciliter les démarches. Ils veulent éclaircir leur décision lors du passage à la retraite.