Électricité : EDF va augmenter « 20 à 30 fois » ses tarifs cet hiver ? On vous dit tout

EDF a "annoncé" de nouveaux prix pour cet hiver. Selon ce post virale, les tarifs vont être plus élevés qu'avant. Or, ce message d’alerte confond plusieurs informations.

Source : iStock

La période de beau temps à peine terminée, l’hiver suscite déjà quelques inquiétudes pour les Français. À tel point que la panique a envahi le marché de l’énergie en Europe. Le vendredi 26 août, les prix français ont même franchi des seuils records. Cependant, selon un internaute, cette flambée des prix va entraîner une hausse pour le moins inattendue de la facture d’électricité des Français. « EDF annonce les nouveaux prix de l’électricité en France pour 2023 qui se situeront entre 900 €/MWH et 1 500 €/MWh », a-t-il ainsi indiqué. Il précise aussi qu’en « temps normal » le mégawattheure se négocie à « 40 € ». Dans son discours alarmiste, relayé par plus de 11 000 personnes et liké 32 000 fois, il a conclu en garantissant que la facture sera « entre 22,5 et 37,5 fois » plus chère qu’avant. Mais quelle réalité se cache derrière ce ton alarmiste ?

Le prix sur le marché du gros multiplié par douze

Avant toute chose, il ne faut pas invoquer l’entreprise française de production et de fourniture d’électricité (EDF), dont le rôle ne consiste absolument pas à faire de telles prévisions. Comme le fournisseur l’a précisé à TF1info, « EDF n’a pas fait d’annonce pour l’hiver prochain ». Et ce, au contraire de ce que prétend l’internaute.

Il semblerait que l’auteur de la publication ait mélangé deux informations. Tout d’abord, comme signalé au début de cet article, le marché de l’électricité a bien affiché des prix complètement fous. À la fin de la semaine dernière, le prix de gros de l’électricité en France a excédé 1000 euros par mégawatt/heure (MWh) pour 2023. Cela représente douze fois plus qu’en 2022, où cette électricité se vendait autour de 85 euros. Et en moyenne, au cours des cinq dernières années, elle se vendait à 49 euros, selon les chiffres du Réseau de transport d’électricité (RTE). Des chiffres auxquels l’internaute se réfère sûrement lorsqu’il évoque les tarifs actuels et ceux « en temps normal ».

Dans ce cas, quel lien y a-t-il avec EDF ? Une annonce du groupe français se trouve à l’origine de la nervosité du marché. Ce vendredi, l’entreprise a révélé que moins de réacteurs nucléaires. Que ce qui avait été prévu allaient entrer en service cet hiver. Ce qui a donc fait flamber les prix. 

 

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Un marché au détail régulé, EDF

En quoi cela aura-t-il un impact sur votre facture ? Là encore, une confusion règne chez l’internaute. En effet, ce dernier semble penser qu’une éventuelle hausse sur ce marché pourrait se répercuter directement sur le client. Pour comprendre son erreur. Il semble important de faire la différence entre le marché de gros et le marché de détail. Tel que le résume la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur son site internet, le premier désigne « le marché sur lequel l’électricité et le gaz sont achetés et vendus avant que l’énergie soit livrée sur le réseau pour les clients finals ».

De l’autre côté, le second concerne « la fourniture d’électricité et de gaz naturel des clients finals ». Or, tandis que sur le marché du gros, la loi de l’offre et la demande règne. Le marché au détail se voit régulé. Comme expliqué ci-dessus, le prix que paie le consommateur final dépend en fait du tarif réglementé de vente (TRV). Un tarif qui fait l’objet d’une révision deux fois par an par les autorités. Ce, sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie. La Commission fixe les prix pour EDF et a aussi une influence sur le « tarif indexé » que proposent les fournisseurs alternatifs.

Cependant, il ne repose pas uniquement sur la législation du marché, mais peut s’obtenir par empilement. « Le coût de production du kilowattheure, le coût des réseaux ou des infrastructures, et les taxes : les trois strates composent chacun un tiers du TRV, presque à parts égales », comme le résume l’économiste spécialiste de l’énergie, Jacques Percebois. Il faut donc attendre le mois de février pour savoir quel impact réel la panique du marché de gros aura sur la facture du consommateur.