Retraite : le tout-répartition met à mal le pouvoir d’achat ? On vous explique

Quel est le principe de la retraite par répartition? Et est-ce réellement un piège pour le pouvoir d’achat français?

Source : iStock

La retraite par répartition utilise le principe de la solidarité entre générations. Elle a donc un effet immédiat. En effet, les actifs qui ont actuellement un travail et leurs employeurs cotisent tous les mois grâce à un prélèvement sur leurs revenus. Cette part se voit ensuite versée aux caisses de retraite. Or, tous les actifs ne cotisent pas à la même caisse de retraite. Les caisses versent donc les cotisations des actifs aux retraités. Et ce, sous forme de pensions de retraite. Ainsi, les actifs, en cotisant, pourront aussi bénéficier d’une pension de retraite lorsque le moment se présentera. Leur pension se verra payée par les actifs qui cotisent à leur tour. En quoi cette méthode est-elle un piège pour le pouvoir d’achat ? On vous dit tout ! 

Les cotisations sociales

Le pouvoir d’achat, qui relève de la capacité à créer de la richesse, se trouve au cœur des préoccupations depuis de nombreuses années. L’économie française a connu une croissance deux fois moins rapide que celle du reste des pays européens au cours de la décennie 2010 (4% contre 8%). Ce qui a pesé sur la progression des salaires. Ce phénomène se voit amplifié par une particularité française : le poids des cotisations sociales.

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Conseiller Financier (@dh_conseil)

Selon le dernier baromètre annuel, elles excèdent les salaires nets d’impôts (102%). Une situation unique dans l’Union européenne où les cotisations sociales occupent en moyenne 52% des salaires nets d’impôts. Contrairement aux idées préconçues, cette différence ne s’explique pas par la générosité de notre régime de sécurité sociale. Et ce, puisque tous nos voisins européens majeurs disposent de systèmes de protection sociale étendus.

Les retraites en répartition

Ce surcoût en France résulte avant tout du financement quasi exclusif de celles par répartition. Ce dernier fait passer le pouvoir d’achat des actifs vers les retraités sans créer de pouvoir d’achat supplémentaire. Et ce, contrairement à la capitalisation. Elle devient problématique pour le pouvoir d’achat des actifs compte tenu de la baisse de la natalité. Lors de la généralisation de la répartition en 1945, la situation se présentait de manière favorable. Il y avait 2,8 personnes en âge de travailler pour financer un sénior avec une petite pension. Et ce, à une époque où les pensions ne comptaient que pour 5% du PIB. Aujourd’hui, la situation se révèle bien différente. Il y a deux fois moins de cotisants pour financer un retraité avec une pension importante. Et ce, dans un pays où les pensions occupent plus de 14% du PIB.

Résultat, les cotisations sociales ont explosé, augmentant le coût du travail et réduisant les salaires nets. Cet effet de ciseaux engendre une double peine. Et ce, avec un manque de compétitivité et un pouvoir d’achat des salariés amoindri par des cotisations retraite qui représentent 28% du salaire brut. La situation de nos voisins qui utilisent la capitalisation en complément de la répartition semble moins problématique. Une partie étant financée par les gains générés par les investissements (dividendes, plus-values), cela permet de diminuer les cotisations et d’augmenter les salaires nets. Ainsi, les pensions coûtent moins cher aux salariés néerlandais, avec 25 % de cotisations pour les pensions publiques et les fonds de pension privés. Soit 3 points de moins qu’en France. En contrepartie, ils disposent d’un taux de remplacement futur de 89% du salaire net, contre 74% en France.

Les cotisations de retraite

Dans le secteur public relevant de l’État, la situation se révèle encore pire. Il ne reste que 0,9 actif pour financer un retraité. Les cotisations des salariés de la fonction publique représentent par exemple 85% de leur salaire brut. Sur certains bulletins de salaire, il y a à présent autant de cotisations retraites que de salaires nets de cotisations sociales. Les retraites, qui constituent 30 % des dépenses de certains ministères, écrasent toutes les marges de liberté des administrations centrales. D’où le caractère chronique des déficits, le mauvais rapport qualité-prix des services publics français et le fait que l’État ne puisse pas rémunérer correctement ses agents méritants.

Pour surmonter ces contraintes, une place plus importante sera accordée à la capitalisation collective. Et ce, pour soutenir un système de distribution pénalisé par une démographie défaillante. Ce modèle a fait l’objet d’une expérimentation dans le secteur privé, par la Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens (CAVP). Mais aussi dans le secteur public, par l’Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp). Dans les deux cas, le résultat : un succès. Depuis 1990, les pharmaciens ont financé plus d’un milliard d’euros. Et ce, grâce aux gains générés par la capitalisation collective mise en place par la CAVP. Autant dire que la défense du pouvoir d’achat passe par une réforme qui ne se limite donc pas à accroître la durée de cotisation.