Rentrée : ce qu’il faut faire si votre enfant souffre de phobie scolaire et ne veut pas retourner à l’école

Un enfant sur cinq, en France, souffre d’anxiété vis à vis de l’école. Mais comment gérer cette réaction pour qu’ils y retournent?

Source : iStock

La rentrée scolaire, ce jeudi 1er septembre, approche à grands pas. Si la plupart des élèves attendent ce moment avec impatience pour retrouver leurs camarades de classe. Pour d’autres, le mois de septembre constitue une réelle angoisse. Impossible de passer le portail de l’établissement sans avoir le ventre noué, des migraines, voire même des crises d’angoisse. Ce refus d’aller à l’école ne doit pas être ignoré. Avec la crise du COVID-19, le phénomène a pris de l’ampleur. L’Association Phobie Scolaire (APS) a vu le nombre de ses adhérents monter en flèche depuis 2019. « Nous avons accueilli 150 personnes par semaine depuis la fin du deuxième confinement jusqu’à maintenant ». Mais comment faire face au problème si votre enfant se trouve dans cette situation à la rentrée scolaire ? 

Qu’est-ce que la phobie scolaire ?

En psychiatrie, la phobie scolaire se traduit par un « refus scolaire anxieux ». Cette notion fait référence à des « enfants qui, pour des raisons irrationnelles, refusent d’aller à l’école et résistent avec des réactions d’anxiété très vives ou de panique quand on essaie de les y forcer », selon le neuropsychiatre Julian de Ajuriaguerra en 1974. 

Il reste toutefois important de différencier la phobie scolaire de l’anxiété. Cette dernière concerne des jeunes « stressés avant la rentrée, ou par le fait de changer de classe », précise Laelia Benoit. « Ces comportements sont fréquents et n’entraînent pas de gêne durable pour l’enfant », souligne la pédopsychiatre. « Deux ou trois semaines après la rentrée, ces élèves n’ont plus d’anxiété »

Avec sa collègue Marie-Rose Moro, elles ont constaté que l’origine socioculturelle des enfants s’avérait déterminante pour établir le diagnostic correct. « On parle beaucoup plus de phobie scolaire à Paris qu’en Seine-Saint-Denis, où les mots d’échec scolaire et de déscolarisation reviennent plus souvent », explique Marie-Rose Moro. Elle déplore cette forme de deux poids, deux mesures. « Quand un bon élève ne va pas à l’école, on parle de suite de phobie scolaire, alors que quand c’est un mauvais élève, non », explique Marie-Rose Moro.

Les causes de la phobie scolaire ?

Les causes restent multiples et dépendent aussi de l’âge de l’enfant. « La phobie scolaire est très complexe », continue Marie-Rose Moro. « Soit l’enfant ne peut pas envisager de quitter sa maison – ce qui est arrivé après le Covid par exemple -, soit il est fragile, déprimé, anxieux ou préoccupé par ce qu’il se passe à la maison ». Selon les spécialistes, la cause la plus fréquente reste le harcèlement scolaire. La moitié des élèves ayant une phobie scolaire ont vécu du harcèlement ou des violences à l’école

En primaire et au collège, certains troubles peuvent également rendre la vie à l’école plus difficile. Les troubles de l’apprentissage par exemple, appelés « dys » (dyslexie, dyspraxie…), des troubles du spectre autistique ou de l’attention, avec ou sans hyper-activité. Cela ne signifie pas qu’un enfant exposé à ces troubles développera forcément une phobie scolaire. Mais les jeunes « sont en décalage, risquent d’être mis de côté par les autres enfants, d’être harcelés », précise Laelia Benoit.

Enfin, l’angoisse liée aux résultats et à la performance, plus présente chez les lycéens, peut aussi constituer une cause principale une phobie scolaire. « Dans ce cas-là, on peut préconiser d’arrêter d’évaluer l’adolescent pendant un moment », recommande Marie-Rose Moro. Alors « l’école française est axée sur la performance et peut-être très punitive dans sa manière de faire les choses »

Prévenir ce phénomène à la rentrée scolaire

La rentrée scolaire de septembre se trouve synonyme de changements. Pour les enfants anxieux, il reste conseillé de préparer la rentrée en famille et en amont. C’est-à-dire d’acheter les fournitures scolaires ensemble. En tant que parents, il faut « essayer de contenir sa propre angoisse pour ne pas en rajouter ». Laelia Benoit préconise même d’organiser une sorte d’entraînement. Comprendre le fonctionnement d’une journée. Mettre un réveil, prendre son petit déjeuner, faire son cartable, aller à l’école accompagnée de ses parents ou de la fratrie. 

 

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Il faut aussi se coordonner avec les amis et se présenter devant l’établissement une demi-heure avant le début de la classe. Les parents d’élèves et les enfants peuvent donc discuter de leurs vacances et prendre le temps de se « réapprivoiser ». Une manière de « transformer l’école en un lieu plus chaleureux où on a plaisir à se retrouver et à se donner des nouvelles », explique Laelia Benoit. 

Les signes qui peuvent alerter ?

Avant d’en arriver à la phobie scolaire, les parents peuvent constater des signes d’anxiété, comme des retards en classe, des absences, des visites fréquentes à l’infirmerie ou des maux de tête ou de ventre. « Surtout chez les plus petits », souligne Laelia Benoît, « qui ont du mal à dire qu’ils ont peur ou qu’ils sont angoissés ». Il reste très important de repérer la fréquence de ces symptômes. Dans les cas de phobie scolaire, ils se répètent le dimanche soir, le lundi matin ou à la rentrée scolaire. En règle générale, des pics se voient au retour des congés de la Toussaint et de Noël.

Que faire dans cette situation ?

La première chose à faire reste de prendre rendez-vous avec le médecin généraliste. Et ce, pour vérifier qu’il n’y a pas un réel souci de santé. Les parents peuvent également solliciter un rendez-vous avec l’enseignant et un bilan avec un orthophoniste. Une fois ces méthodes écartées, il faut échanger avec l’enfant, « voire lui faire des suggestions, parce que lui-même n’a peut-être pas compris » pourquoi il a peur. 

En cas d’absences répétées ou d’une incapacité de l’élève à aller à l’école, il faut éviter de le forcer. « C’est comme un burn-out au travail. On ne va pas forcer l’adulte à assister au comité de direction tous les lundis » Il faut également créer « un triangle entre le pôle éducation, le pôle santé et le pôle famille, avec l’enfant au milieu », prône la référente de l’APS. « La phobie scolaire est un vrai tsunami qui emporte toute la famille. Du jour au lendemain, tout s’effondre. Les parents se sentent jugés, culpabilisés ».