Rentrée scolaire : une pénurie de chauffeurs de bus ? Les parents en colère…

La Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) alerte un manque de 8 000 conducteurs de bus scolaires en France.

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L’inquiétude face à la pénurie de chauffeurs s’intensifie. La FNTV a rappelé l’urgence de cette situation depuis le mois de juin. Cependant, à un mois de la rentrée scolaire, 8 000 chauffeurs de bus manquent encore en France. De nombreux écoliers, collégiens et lycéens devront éventuellement y faire face en septembre. 20 % des deux millions d’élèves transportés dans les cars scolaires seront probablement touchés.

Plusieurs enfants risquent de se retrouver sans bus à la rentrée scolaire

Franck Dhersin, vice-président en charge des mobilités de la région Hauts-de-France, a prévenu un problème de 10 % des cars pour la rentrée. 400 chauffeurs de sa région manqueraient à l’appel. Il invite donc les chefs d’établissements et le rectorat à éviter de multiplier les bus durant la journée. Mais il n’est pas le seul. D’autres régions connaissent ce problème.

La FNTV a déjà évoqué cette question d’aménagements des horaires d’entrée et de sorties de certains établissements scolaires, depuis des années. Il faudrait remplir chaque bus avec le plus d’élèves. Les convois devraient aussi être limités.

Des solutions sont discutées un peu partout dans les régions de France. Mais avant de trouver une solution à tout cela, Ingrid Mareschal, la déléguée générale de la FNTV, regrette qu’à la rentrée, certains enfants se retrouveront sans bus. C’est d’ailleurs ce qu’elle affirme au Parisien, comme quoi, « une chose est sûre : il y aura des enfants sans bus. Le tout est de savoir dans quelle proportion, et de limiter, autant que possible, l’importance du problème. »

Trouver de nouveaux profils

La déléguée générale de la FNTV s’est confiée auprès du Parisien par rapport à cette situation difficile.

« Nous n’avons jamais été confrontés à une telle situation, » déclare-t-elle.

La situation a subi les complications des évènements comme le Covid-19. Le problème est aggravé par le « turnover habituel » qui règne sur le métier.

« En moyenne, les conducteurs ont 51 ans, et chaque année, des départs massifs en retraite sont à combler. Le phénomène s’est accentué avec la crise sanitaire, car des chauffeurs proches de l’âge légal sont partis plus tôt, par peur d’attraper le virus », explique-t-elle.

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D’ailleurs, le métier ne semble plus aussi attractif qu’il en avait l’air. Nombreux chauffeurs ont trouvé une autre occupation.

« Ils [les chauffeurs] ont découvert une autre vie, sans journée coupée en deux avec une période d’activité le matin, pour emmener les enfants, et une le soir pour les récupérer à la sortie des cours, » explique Constance Bussereau, responsable de recrutement chez le groupe de transport Keolis.

Celle-ci affirme qu’il est important de procéder à une revalorisation du métier. Il faudrait aussi renouveler les profils qui y travaillent.

Depuis le 30 avril 2021, la limite pour obtenir le permis de chauffeur était de 21 ans. Désormais, un jeune de 18 ans peut le passer. Ingrid Mareschal souligne cependant la difficulté d’une telle tâche :

« Mais il y a toute une filière d’apprentissage à créer, car contrairement à la filière camion, il n’y a pas encore d’orientation scolaire et professionnelle pour le transport. »

De plus, Thierry Douine, président de la CFTC TRANSPORTS, a évoqué l’enjeu d’une telle décision :

« Les conditions de travail avec les enfants ne sont pas toujours simples. Quand ce sont des petits, il faut pouvoir assurer leur sécurité. Et quand ce sont des ados, il est parfois nécessaire de se faire respecter. Comment voulez-vous qu’un jeune de 18 ans y parvienne ? »

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La problématique des salaires des chauffeurs

Les salaires dans le secteur scolaire posent un problème pour les conducteurs de car en général. Celui-ci n’est surtout pas attrayant pour les jeunes.

Les entreprises et les établissements du secteur scolaire, ne proposent souvent que des contrats à temps partiels, comme l’explique Rémi Chauchard, dirigeant de l’entreprise Autocar.

En moyenne, un conducteur qui travaille en temps partiel ne reçoit qu’entre 600 et 800 euros par mois. Un conducteur en temps plein, quant à lui, reçoit seulement entre 1 400 et 2 000 euros.

Jacques Baudrier, l’adjoint PCF à la mairie de Paris, comprend la situation délicate de ces conducteurs de Car. Il mentionne surtout le cas des chauffeurs franciliens dont le salaire baisse constamment.

« Si on est chauffeur de bus et qu’on aime ce métier, il y a beaucoup plus d’intérêt à aller faire chauffeur à Vierzon, Angoulême, Brest, car on est mieux payé, on a un travail moins dur et on peut se loger pour beaucoup moins cher qu’à Paris en proche couronne, » affirme-t-il.

Ingrid Mareschal affirme pourtant que des revalorisations de salaire sont prévues par an, en fonction du niveau d’ancienneté, de qualification et des primes.

« Chaque année, on essaie de revaloriser les salaires. Là, en 2022, on a augmenté de 5 % les minimaux sociaux et de 7,5 % les salaires des chauffeurs scolaires, » a-t-elle expliqué.