Niek Gooren, graphiste sans emploi, a eu l’idée de créer un site internet en septembre 2013 dans le but de diffuser son CV. Une méthode somme toute banale, jusqu’à ce que la photo utilisée en page d’accueil nous interpelle.

Le tuning sur CV, une grande mode en pleine effervescence ! On en voit de toutes les sortes ! Le candidat imprimé en mini-me 72 000 fois, le skate passe-partout très pratique à emporter avec soi, en passant par les mauvaises habitudes persistantes de premier de la classe façon « regarde comme je suis mignon. Je t’offre même une bouteille de pinard ! ». En bref, sur la forme, le CV se veut original avec ce brin de racolage qui laisse sous-entendre « s’il vous plait, soyez chic, embauchez-moi. Je peux même nettoyer une veste retournée sur laquelle vous auriez malencontreusement renversé le café que je vous aurais acheté ».

Mais ce n’est pas tout. Sur le fond, les CV ne sont pas en reste ! On assiste alors à un florilège de compétences et d’expériences toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Marine, conceptrice-rédactrice, directrice artistique, chef étoilée suprême de photocopieuse 5ème dan, amoureuse des chats et accessoirement, collectionneuse de retweet à temps perdu. Geek invétérée (parce qu’être geek, c’est chic), elle peut passer des heures devant le démineur et maîtrise Word et Paint à la perfection. Marine sait gérer une équipe, mener à bien un projet dans le respect le plus strict des deadline et anticipe les facteurs risque grâce à toutes ses expériences acquises du haut de ses … 23 ans. Marine postule donc pour une offre de stage non rémunéré qui lui apportera joie, épanouissement et plénitude dans sa vie de jeune working girl. Anglais courant exigé, déplacements fréquents, parfaite maîtrise de photoshop, illustrator, langage PHP, le codage sous java serait un plus, avec le sens du dévouement (comprendre prêt à tout), issue d’une grande école de com’ (si possible la même que celle du directeur), pour intégrer une agence fun qui aime les mèmes (ça c’est pour attirer du jeune ), le tout sans aucune rétribution financière mais avec la chance, l’honneur, le privilège même, de côtoyer l’élite des gens bien.

Dans ce monde de surenchère, il arrive parfois que certains sortent du lot en nageant à contre-courant. C’est donc le cas de Niek Gooren, graphiste néerlandais, à la recherche d’un emploi. Contrairement à cette tendance où chacun doit se montrer sous son meilleur jour pour peut-être, avoir éventuellement une petite chance de recevoir une hypothétique réponse négative par mail, Niek Gooren lui, a pris le parti de se montrer autrement. L’air complètement démotivé, bonus de style pour les sandales avec chaussettes, assis sur ses escaliers, à attendre. Cette photo est accompagnée d’un compteur  indiquant les jours, les heures, les minutes et les secondes passées sans travailler. Le graphiste ayant de l’humour, a alors ajouté un texte au décompte expliquant : « En tant que résidant des Pays-Bas, vous payez automatiquement les indemnités chômage à Niek. Pourquoi donc ne pas l’embaucher ? Vous pourriez ainsi en profiter tout en bénéficiant de ses compétences ». Un autre encadré interpelle l’employeur quant à la baisse du pouvoir d’achat causée par cette situation, elle-même ayant des conséquences désastreuses sur l’économie néerlandaise. Une autodérision qui a fait mouche puisqu’une cinquantaine d’agences l’ont contacté pour lui proposer un poste.

IEUP - CV 02

Suite à la mise en avant pour le moins audacieuse de son CV, Niek Gooren a donc retrouvé un emploi depuis le 11 novembre 2013 au sein de l’agence Lewis PR. Pour fêter l’occasion, le graphiste a donc récidivé en créant un deuxième site le présentant cette fois-ci, affalé à son bureau, chaussettes trouées (cet homme a décidément une passion pour les chaussettes), une bouteille de vin entre les mains.

Comme quoi, un CV original c’est bien, un CV qui fonctionne, c’est mieux.

IEUP - CV 03