Faire des économies tout en augmentant sa visibilité sur les réseaux sociaux, tel était l’objectif d’Ikea. Grâce à ses abonnés et par l’intermédiaire d’un concours, la marque a ainsi publié l’ensemble de son catalogue papier sur la toile.

Le catalogue papier d’Ikea, toute une institution ! On l’a tous déjà consulté au moins une fois ! Tellement célèbre que la marque a récemment consacré une importante partie de son budget afin qu’il soit équipé de réalité augmentée. Seuls problèmes d’une version papier : pas vraiment écologique ni dans l’air du temps. En Norvège, ils ont donc décidé de s’implanter sur le net via les réseaux sociaux. Pour se faire, Ikea a alors fait appel à l’agence SMFB Oslo afin de déterminer l’approche la plus judicieuse à mettre en place.

La solution : les 160 000 abonnés Ikea. La communauté de l’enseigne étant remarquablement développée, la solliciter semblait être une idée particulièrement efficace. Sous couvert d’un concours, il a alors été demandé aux clients de prendre une photo de l’objet désiré, le poster sur Instagram accompagné du hashtag #IKEAKATALOGEN, suivi d’un deuxième hashtag indiquant le nom du produit souhaité. Chaque semaine, un participant désigné au hasard pouvait gagner l’objet qu’il avait posté. Résultat : en 1 mois seulement, le catalogue complet s’est retrouvé sur la toile. Ainsi, par cette méthode ingénieusement virale, les abonnés consultaient le magazine (se créant au passage quelques envies mobilières) tout en faisant la publicité de l’enseigne.

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Méthode très ingénieuse, où le public se retrouve à faire la pub de la marque sans même s’en rendre compte. Nul doute d’ailleurs que certains soient même allés jusqu’à reproduire l’opération plusieurs fois, désirant augmenter leurs chances de gagner. Inconsciemment, les clients se sont donc (à leur échelle), transformés en de mini commerciaux bénévoles, effectuant gracieusement une opération marketing des plus judicieuses. L’enseigne, qui doit fabriquer puis vendre ses produits par le biais d’une publicité coûteuse, se retrouve grâce à ce concours, à ne devoir s’occuper que de la conception – laissant tout le « plaisir » à ses clients de promouvoir, d’acheter puis de finaliser eux-mêmes le produit (L’armoire Birkeland a monter tout seul chez soi, vous la remettez ? ). Ikea profite des bénéfices tandis que les clients effectuent le travail à tous les niveaux, concluant leurs efforts par l’achat du résultat de ce même travail. Et non content de faire partie de la spirale, ils s’estiment heureux de trouver des prix plus bas que chez la concurrence. Finalement, c’est un peu comme si une fois monté dans un taxi, le chauffeur demandait au client de lui faire le plein d’essence, de conduire sa voiture puis, une fois à destination, de payer la note. Et le client de conclure par un sourire a probatoire dans l’espoir d’être l’heureux gagnant du porte clef mis en jeu par la société.

Si vous n’êtes pas convaincu, admirez plutôt la vidéo postée par ces géants de l’ameublement. Sans aucun complexe, sur fond sonore mélodieux, ils nous expliquent que oui, ils souhaitaient développer leur présence sur la toile. Mais alors, comment y parvenir en un minimum de temps et d’argent ? Petite lumière qui clignote (ça c’est pour nous montrer qu’ils sont malins chez Ikea). Ti-ding ! « Tiens … on n’aurait pas comme 160 000 personnes fan de nous sur les réseaux-sociaux ? On a qu’à les faire travailler bénévolement, l’air de rien ! » Une participation virale, un petit concours et 4 canapés à 600€ plus tard, l’opération était achevée ! Une vraie leçon de marketing.

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Tout cela pose alors la question de la production de contenu. Est-ce un travail ? Certains expliqueront que les participants apprécient le fait de contribuer à ces publications. Mais le travail doit-il forcément être pénible pour être considéré comme tel ? Certains encore penseront que tous, étaient volontaires. Mais cela enlève-t-il pour autant la valeur de leur production ? Enfin, d’autres ne verront que le fruit de cette production à savoir, du non palpable. Le problème de toutes professions vendant de l’immatériel comme les graphistes par exemple. Combien de fois avons-nous eu l’occasion de lire « Petite start-up recherche info-graphiste pour conseils/création de logo … non rémunéré ». Pour autant, il ne leur viendrait pas à l’idée de demander les réalisations/conseils gratuits d’un maçon pour la construction d’une maison.

A l’heure des réseaux sociaux, nombre d’utilisateurs deviennent producteurs de richesses sans même s’en rendre compte. Libre alors aux plus ingénieux d’exploiter ce « travail » indolore afin d’en tirer astucieusement les bénéfices. Instagram s’octroie ainsi le pouvoir d’utiliser toutes les photos faites avec son application (pour les revendre par exemple) sans que l’auteur ne puisse avoir son mot dire. Dernièrement, avec l’entrée de Twitter en bourse, le Time magazine a même mis au point une calculatrice vous indiquant ce que vous rapportez à la compagnie. Parce que si ce réseau social connaît actuellement un tel succès, c’est évidemment grâce aux Tweets écrits par chacun. Tout utilisateur représentant un producteur de richesses exempté des bénéfices qu’il crée.

A l’ère du tout numérique, l’adage « tout travail mérite salaire » gagnerait donc sérieusement à être réétudié.

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