IEUP : Bonjour Monsieur Séguéla, vous êtes vice-président d’Havas et une illustre figure du paysage publicitaire français. Quelle est votre vision sur l’évolution du secteur de la communication et de la publicité depuis vos débuts jusqu’à aujourd’hui ?

J.S : Seul un livre peut répondre à une telle question. Je me contenterai d’un titre : La pub est comme l’amour, toujours la même et toujours recommencée.

IEUP :  Vous vous êtes illustré par vos campagnes et slogans ayant marqué la culture publicitaire française (« l’anti-tapecul » pour Citroën, le film « le chaînon manquant » pour Manpower, « Le 4 septembre, j’enlève le bas » pour Avenir, …). Était-ce si facile de convaincre vos annonceurs à assumer de tels discours ?

J.S : Il faut rendre  à César ce qui est à César , « J’enlève le bas » la plus belle pub des années pub est l’œuvre de Philippe Michel, qui n’est plus là, hélas, mais toujours près de moi. Il était le meilleur d’entre nous. Quant aux annonceurs : qui se ressemble s’assemble, il ne faut choisir que ceux qui vous aiment et des cet instant les aimer à jamais.

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IEUP :  À l’heure où la publicité est jugée comme extrêmement frileuse, peu provocante (Cf. Baromètre Publicité & Société par TNS et Australie), regrettez-vous un manque d’audace et de créativité dans le paysage publicitaire actuel ?

J.S : En soixante ans de métier je ne lui ai trouvé qu’une définition : c’est une question, Demandez à un annonceur : “- Que devient la neige lorsqu’elle fond ?”
Il vous répondra de l’eau, bonne réponse, mais mauvaise pub…
Posez-moi la question, je vous répondrai : “Lorsque la neige fond elle devient le printemps.”
Notre métier est de transformer, l’eau en éternel printemps. Ou en éternels bébés.
Merci Évian

IEUP :  Aujourd’hui, le digital a bouleversé les techniques de communication au profit de stratégies plus intégrées. Selon vous, quelles sont les évolutions à venir dans les 10, 15 prochaines années ?

J.S : La révolution digitale a fait passer la communication de l’âge de la dictature, de la pub (celle de consommateur sans droit de réponse), à celui de la démocratie participative du consomme-acteur. À l’avenir le premier média du monde sera le mobile, la télévision sera connectée, la pub  partagée, mais l’idée restera reine. L’argent n’a pas d’idée, seul les idées font de l’argent. Hier seul l’argent à coup de spots créait, la notoriété. Aujourd’hui seul le talent peut conquérir en toute gratuité la toile. À ce jeu il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. La roulette russe a remplacé “l’anchlusse” américain.

 

IEUP :  Vous avez conseillé de nombreuses personnalités politiques (on se souvient notamment de la campagne « la force tranquille » pour l’élection présidentielle de François Mitterrand en 1981). Quelles sont les différences entre le travail d’une marque et l’image d’un homme politique ?

J.S : L’une est une lessive son job est de laver plus blanc, l’autre est un homme qui a en charge notre avenir, celui de nos enfants et des enfants de nos enfants. Son job  est de nous faire la vie plus belle.
La différence est dans l’implication, l’éthique, l’authenticité, le courage peut on encore parler de pub ?

IEUP :  Pour terminer, à quoi ressemble selon vous LA campagne publicitaire parfaite ?

J.S : Celle que je ferai demain.