A l’occasion de la journée internationale des handicapés, une action inattendue a été lancée afin de susciter une réflexion sur l’acceptation de ces personnes « extraordinaires ».

Le commerce du rien, du vide, du creux, une affaire de plus en plus rentable à l’époque où il fait bon être physiquement parfait. On nous expose de la masse musculaire, du botox et de la prothèse PIPée à longueur de journée et ce, par tous les moyens. Télévision, publicité, magazines… L’Homme moderne est un Homme beau ! On se Bitstrips à coup de 3 fautes dans le même mot et on s’auto-proclame star pour avoir décroché son air-téléphone. Et parce que déposer un bon vieux « non mais allô quoi » me paraît aussi crédible et futé que de déposer « bonjour monsieur », force est de constater que parfois, le plus handicapé n’est pas forcément celui qu’on croit.

Mais pendant que certains cherchent toujours à comprendre la chronique de Stephane De Groodt, une belle initiative a quand même pu pointer le bout de son nez, et ce n’est pas pour nous déplaire. Le 3 décembre a eu lieu la journée internationale des handicapés. Concrètement, des « journées internationales de », nous en subissons quotidiennement. La journée internationale du ninja (préparez-vous, ce sera le 5 décembre), la journée internationale des toilettes (19 novembre), la journée internationale de la licorne unijambiste cleptomane les soirs de pleine lune (les années bissextiles uniquement) ; bref, tout pour ne pas prêter attention à ce genre d’évènement. Mais c’était sans compter sur l’organisation Pro Infirmis et l’agence Jung Von Matt, en charge de sensibiliser une majorité d’entre nous aux conditions des personnes handicapées.

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C’est donc à Zurich, avec la participation de l’enseigne Modissa, que ce coup de force a eu lieu. Le challenge : remplacer la perfection des mannequins de vitrines, par la réalité d’autres mannequins, créés pour l’occasion. Pour se faire, des personnes atteintes de diverses maladies (scoliose, maladie des os de verre, colonne vertébrale mal formée) ou ayant subi une amputation, ont joué le jeu en prêtant leurs mensurations. Une fois celles-ci relevées et les mannequins réalisés, ces clones extraordinaires ont alors pu voler la vedette aux habituels prototypes des vitrines de grands magasins. C’est ainsi que ce 2 décembre, les passants ont pu être interpelés par ces corps étranges, si joliment habillés, nous offrant une vidéo des plus émouvante, sublimée par le titre « Lost At Sea » de Dave Thomas Junior.  Vidéo capturée par le réalisateur/scénariste Alain Gsponer, dans le cadre de cette campagne intitulée « Because who is perfect ? Get closer » (Mais qui est parfait ? Regardez de plus près).

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Les années précédentes, d’autres campagnes tout aussi émouvantes ont été diffusées, également réalisées par l’agence Jung Von Matt. Elles nous confrontent alors indirectement à cette idée ambiante selon laquelle le physique, l’apparence, la beauté sont, plus que jamais, les passeports de la réussite. Avec toutes les contradictions que cela comporte d’ailleurs. On ne tolère que l’uniformité tout en prônant la diversité ; les livres traitant du « paraître bien dans sa peau » se multiplient, invoquant la douleur et la détresse ; on nous explique aussi qu’il faut être « belle toute nue » et s’accepter tel qu’on est, mais que bon, avec un petit régime et un petit « relook extrême », (tout en regardant les pâtisseries de « Master chef ») la vie, c’est quand même mieux ! Avec une telle dictature du beau et du paraître, pas étonnant qu’il faille encore réaliser ce genre de campagne de sensibilisation pour les personnes handicapées.

« Be yourself … Comme tout le monde. »

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