Donner son avis sans que personne ne vous l’ai demandé, un concept autrefois appelé Twitter. Mais aujourd’hui, il y a aussi une application pour ça !

Dans un monde où les réseaux sociaux n’ont de social que le nom, les applications nombrilistes ont un bel avenir devant elles. Tout le monde se rêve star, s’idéalise influent et se réalise quand il a le temps. Des albums photo surchargés, identiques d’un profil à l’autre, où chacun des 327 clichés ne représentent qu’une seule et unique personne : l’auteur. La mine se veut boudeuse, légèrement penchée, puis salement photoshopée. Les bras, sorte de perches à smartphone, sont tendus, agrippant par de belles contorsions l’exo-Darwinisme de toute une génération Y. Ils immortalisent l’instant précieux d’une auto-admiration, celle face au miroir d’une salle de bain défraîchie. On se contemple en 2.0, attendant impatiemment le like de l’ami virtuel, tout aussi préoccupé à se reluquer le nombril. Difficile alors de communiquer. D’ailleurs, on ne communique plus. On s’auto-proclame narcissique, amoureux du « selfie » et on donne son avis, pensant naïvement qu’il aura son importance, sur le nouvel album de Rihanna ou la cravate de François Hollande.

Le matin, à la radio, c’est Sabrina, coiffeuse, qui juge le dernier film de Tarantino. Elle ne connaît rien du cinéaste mais pourtant, elle l’affirme, « c’est vraiment de la merde ! ». Tout en subtilité, tout en finesse. Sabrina laissera ensuite sa place à Blandine, 29 ans, 2ème année de droit, presque 10 ans de retard (c’est pas l’Amérique ! « 10 ans d’avance ! ») qui exposera aux auditeurs ses solutions pour mettre fin à la crise économique dans le monde. Elle est pas con Blandine ! Dommage qu’elle ne soit qu’une simple étudiante. Arrivé à la machine à café, c’est George qui aura son mot à dire sur le prix Goncourt. « Il est vachement bien ! Mais c’est con, j’ai encore oublié son nom. ». Puis le soir venu, festival de commentaires et de jugements en tout genre à la TV comme sur les réseaux « sociaux ».

Bref, on l’aura compris, dans une période où l’égocentrisme fait office de religion, l’apparition d’une application comme « Proust », c’est du pain (grillé) bénit ! Le concept : donner son avis sur tout et n’importe quoi et établir un ordre de préférence, sorte de sériation du jugement du plus favorable au plus défavorable. L’application qui permettrait même à un enfant de 6 ans de venir à bout de cette dite sériation, n’en déplaise aux Piagétiens.

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Seul ou entre amis, le but est donc de dire si l’on préfère d’avantage un film ou un livre, Claire Keim ou une chanteuse, Patrick Bosso ou l’humour …, puis d’ajouter d’autres options. David Carson, un des concepteurs de cette application avec l’agence Mother New York, nous explique à quel point c’est chouette de pouvoir rigoler de cette façon ; qu’ils sont fans du questionnaire rendu célèbre par Marcel Proust (d’où le nom ! Ils sont malins) et que leur appli’ est un moyen de démarrer une conversation amusante entre amis ! Mais qu’est-ce qu’on doit se marrer dans une soirée avec David ! Il va même plus loin en nous expliquant d’où lui est venue cette idée : « nous nous sommes demandés comment Proust aurait pu jouer à ce questionnaire aujourd’hui ? Nous avons énuméré pas mal de possibilités puis nous sommes tombés sur cette idée de ranking. Les gens aiment communiquer par listes. Tout le monde a au moins un top 5 de quelque chose – des films, de la musique, de la nourriture. Et lorsque vous comparez votre top 5 à celui d’un autre, en particulier quelqu’un que vous pensez bien connaître, vous pouvez être surpris par sa vision des choses. […] » Et voilà d’où nous vient ce concept de « Proust ». D’un type qui pense qu’aujourd’hui, Marcel  kifferait comparer Zaz à Piaf, Bouba à Céline,  le pape à une endive, et rirait aux éclats en drag and dropant le rectangle rouge au-dessus du vert.

Une belle petite histoire à laquelle personne ne croit, pas même David, mais qui n’a au final d’autre but que d’introduire « Proust » sur votre smartphone.

« Proust », l’application je m’aime toi non plus.

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