« Notre chiffre d’affaires annuel de plus de 50 milliards de dollars atteste de l’innovation et de la valeur que nos divisions produit ont apporté au marché, ainsi que des performances exceptionnelles de nos équipes commerciales et marketing » a déclaré Kevin Turner, Directeur des Opérations de Microsoft ». 

Alors certes, avec un bénéfice net de 6,38 milliards de dollars et environ 750 millions d’utilisateurs actifs, Office est un peu le Booba de la suite informatique, le Don Corleone du tableur, le Tony Stark du double-clic. Du à l’innovation ? Très certainement. Aux performances exceptionnelles des équipes commerciales et marketing ? Nous allons essayer de voir ça ensemble avec le dernier spot du géant signé Thomas Maitrot & Alexis Olschanezky pour Just Prod It.

 

 

La scène nous présente l’archétype de la famille bourgeoise, qui a suffisamment parcouru l’échelle sociale pour avoir des murs blancs, un enfant bien peigné, un labrador docile et aimant et deux quinzaines de jours de vacances à Saint-Malo au mois d’Août pour aller pécher la palourde et chasser le bison comme à Koh-Lanta.

Le père, avachi dans son pimpant canapé, est en rude négociation avec son fils, fervent consommateur de bonbons. Négociations qui s’annoncent rudes pour le petit Hubert puisque papa n’a pas envie et qu’il regarde la télé et que maman doit probablement être en bas à faire du chocolat. Papa sort donc sa tablette tactile, reliée à l’écran plat pour expliquer à son fils les répercussions à long terme de la consommation de friandises.

Tout est méticuleusement organisé en graphiques et classifié par nom, catégorie, sur Powerpoint pour offrir une approche plus professionnelle et imagée d’un discours abscons et difficilement perceptible par le petit Hubert dont les vastes activités mentales se résument à demander des bonbons qui piquent.

Entre abandon d’études et surpoids, papa pointe du doigt le gouffre financier qu’occasionneraient les dépenses en friandises. Signé de l’accroche « pas besoin d’en arriver là pour utiliser Office 365 », le spot se conclue sur une autosatisfaction bancale.

Imaginez Mimie Mathy qui ferait la promotion de la soupe, Adolf Hitler pour une association caritative, Jean Claude Van Damme pour le Bescherelle ou encore Marc Levy pour le prix Nobel de la littérature. Nous sommes d’accord pour dire qu’il y a comme une délicieuse antinomie, un arrière gout d’antithèse, une sainte crapulerie pré-paléolithique. Dans le jargon on appelle ça une bisociation.

Souvenez-vous de l’humoriste Pierre Croce qui, le long de ses sketchs, s’amusait à utiliser le Powerpoint en caricaturant ses aspects dans la vie quotidienne et à en dériver les usages dans un but comique. On le retrouve ici, parce que Microsoft a, finalement, le sens de l’humour et sait partager l’autodérision assumée.

 

Rompre avec Powerpoint

 

Abandonner son chien avec Powerpoint

 

Pour conclure, l’idée de base était respectable, inviter un humoriste qui jadis se moquait du produit pour aujourd’hui en faire la promotion, mais la différence de morphologie entre le sketch et le spot publicitaire se fait ressentir ici. Avec un positionnement hésitant d’un père censé être caricaturalement sûr de lui, des dialogues parfois flottants et des répliques saccadées, Microsoft illustre avec brio le postulat selon lequel même s’il y a idéation fertile, la jubilation esthétique ôte la crédibilité à l’axe publicitaire de base. C’est, par exemple ce qui fait qu’un visualiste, à force de rechercher l’hédonisme sur une cible demandeuse de l’humour Youtubbeur, en arrive à l’usure publicitaire.

Mais finalement, n’est-ce pas risqué de faire un clin d’œil quand on est borgne ?

Pour aller plus loin, Microsoft Office c’est :

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Beaucoup de chiffres très positifs

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Et une communication originale